|
« Faire
bon
du premier coup » ou « zéro
défaut » ! Que de choses ont été dites et
écrites sur ce sujet depuis les années 80 ! C’est
le
rêve
de
chacun,
quoi
qu’il
fasse.
N’oubliez
pas
que le produit génère le chiffre d’affaires et que les
processus construisent la marge. Il faut donc concevoir
et mettre en place les processus de travail pour faire
bon du premier coup qu'elle que soit l'entreprise, industrielle
ou artisanale, technique ou artistique, commerciale ou
culturelle ou encore non marchande.
Voici
un
modèle simple à comprendre qui sert de guide pour
observer un processus existant, en comprendre les
faiblesses et les points forts, et ensuite le corriger
pour tendre vers le zéro défaut. Ce
modèle est tout simplement issu des principes que Taiichi
Ohno a inclus dans son système.
|

|
Caractériser
le
processus et le situer dans son environnement
|

|
Une
fois
la maille choisie avec pertinence afin de décrire au
juste nécessaire le processus qui nous intéresse, il
faut :
-
En préciser le périmètre : quelles sont les opérations
qui sont dans le processus et celles qui sont à
l’extérieur.
-
Identifier le processus amont et le processus aval qui
ont nécessairement chacun leurs propres contraintes et
leurs propres raisons d’être.
-
Identifier le flux de travail qui est formé par
l’enchaînement des opérations qui transforment le
produit entrant en produit sortant.
J’ai
choisi
de figurer le produit entrant dans le processus amont.
Nous verrons plus loin les raisons de ce choix.
Je
préconise un moyen mnémotechnique simple,
connu sous
le
nom « 5M » ou encore le diagramme en arrête de
poisson ou encore le diagramme d’Ishikawa,
pour
être
le
plus exhaustif possible dans l’identification des points
clés du processus. Cinq questions à se poser pour
décrire un processus :
|

|
|
|
Moyens
: les machines,
au
sens propre, utilisées pour produire le résultat. Ce
peut être une usine, une presse de 10 000 tonnes, un
ordinateur, une machine à coudre, une photocopieuse, un
PC, un balai, etc.
Main
d’Œuvre
(MO) : ce sont les femmes et les hommes qui
œuvrent dans le périmètre du processus. Selon la maille
choisie la main d’œuvre sera décrite par des
qualifications selon les conventions collectives ou par
une liste nominative ou encore par des profils types.
Matière
: c’est l’ensemble des produits utilisés par le
processus mais qui ne font pas l’objet de la
transformation. Par exemple l’énergie consommée, les
lubrifiants nécessaires aux machines, le papier ainsi
que l’encre nécessaires pour l’édition des rapports, les
détergents, etc.
Méthodes
: l’ensemble des règles (instructions de travail,
procédures) qui sont nécessaires aux opérateurs ainsi
que leur savoir-faire.
Milieu
: la caractérisation de l’environnement dans
lequel hommes et machines travaillent et notamment les
contraintes et les exigences
associées (hygrométrie, température, abrité ou
en plein air, environnement agressif, etc.)
|
|
Il
est
inutile de perdre du temps pour déterminer si une pièce
de provenance extérieure qui est assemblée dans le
produit final doit
être dans la rubrique matière ou si elle doit
être dans le produit entrant : l’essentiel est de ne pas
l’oublier et de la caractériser précisément par rapport
à son usage dans le processus.
Il
faut éviter d’être trop scolaire dans cette étape
préliminaire.
|


Zéro
défaut
pour quel résultat ?
|


|
|
|
Connaître
le
résultat attendu (produit ou service sortant)
Le
résultat
attendu doit être défini, décrit et caractérisé.
Cela
peut
paraître évident lorsqu’on examine un processus
industriel qui produit des pièces qui doivent
obligatoirement définies par des dimensions
géométriques, une composition matière, une résistance
aux efforts ou aux chocs, etc.
C'est
moins évident pour les processus de type service dans un
restaurant, reporting
devant une Direction, projet, soins à domicile prodigués
par une infirmière, intervention d’un technicien en
après-vente sur une machine, etc.
Résultat
obtenu
= résultat attendu
Pour
vérifier
que le résultat obtenu est conforme il faut savoir le
mesurer selon les critères caractérisant le résultat
attendu.
Cette
problématique
a largement été étudiée et de multiples méthodes et
techniques ont été mises au point dans le domaine de la
production industrielle, néanmoins le principe reste
valable quel que soit le processus. Voici quelques
exemples :
Lorsque
le
résultat attendu est caractérisé par une appréciation
subjective (comme la couleur, la brillance, l’absence de
reflet, le tombé d’un tissus, etc)
on compare le résultat avec un échantillon représentatif
disponible au poste de travail ou en fin de processus.
Dans
le
cas de la qualité de service la mesure de la
satisfaction se fait par des enquêtes sur tout ou partie
de la clientèle. Là encore il convient que la
satisfaction du client soit évaluée sur les mêmes
critères que ceux qui définissent le service vendu au
client.
Actions
en
cas d’anomalie
Quelles
que
soient les précautions prises, une anomalie peut
toujours arriver, c’est la vraie vie. Lorsqu’une
anomalie est constatée, c’est-à-dire que le résultat
obtenu n’est pas le résultat attendu, il faut avoir
prévu la ou
les actions à engager et, bien évidemment, avoir formé
les opérateurs en conséquence et leur avoir donné les
moyens pour agir.
L’anomalie
peut
être un produit ne respectant pas une ou plusieurs
spécifications techniques, un client furieux dans un
magasin, un président constatant une incohérence dans un
reporting,
une livraison retardée suite à un accident, un poste
vacant suite à une maladie, etc.
Mais,
bien
évidemment, il ne serait pas raisonnable d’attendre que
la non-conformité se produise pour réagir. Il faut tout
faire pour éviter qu’elle se produise.
|


|
Zéro
défaut
: quelles précautions ?
|


|
|
|
Identifier,
caractériser
et valoriser les risques d’anomalies
Comment
anticiper
l’apparition d’anomalies en identifiant les risques
potentiels.
Un
risque
est un obstacle potentiel à la réalisation d’un objectif
ou d’une actions. Le risque est avéré lorsque l’obstacle
survient. Il existe de nombreuses méthodes d’analyse
pour identifier, structurer, objectiver et pondérer les
risques, que ce soit dans les domaines industriels, de
la santé, économiques, politiques, etc.
Comme
dans
beaucoup de situations le bon sens permet de faire
beaucoup de chose sans avoir besoin de faire appel à des
outils sophistiqués. Il suffit de parcourir la
description que nous avons faite du processus avec les
5M et se poser les questions : « et si ça ne
marchait pas ? Est-ce grave ? Est-ce supportable ?
Que dois-je faire si cela arrive ? »
Il
faut
se méfier de certains responsables hiérarchiques qui
refusent d’imaginer que l’anomalie soit possible :
«
Chef, et si le plan que nous engageons tombe à l’eau
? »
«
Duchemin,
je vous paie pour que ça marche pas pour que ça se
plante ! »
Le
plan
a échoué pour des raisons imprévisibles totalement
externes à l’entreprise. Rien n’avait été prévu en cas
d’échec, ce fut une catastrophe !
Mettre
en
place les dispositions de surveillance des risques
identifiés
Pour
chacun
des risques identifiés
:
-
Estimer la gravité par les conséquences de l’anomalie :
inacceptable, situation dégradée possible, incidence
faible donc risque assumé ;
-
Estimer la probabilité : rare, peu fréquente,
imprévisible (maladie, accident) mais possible à chaque
instant ;
-
Concevoir les actions préventives (polyvalence, plan B,
etc)
pour éradiquer le risque ;
-
Concevoir les actions correctives pour faire face au
risque s’il survient ;
-
Identifier et définir les indicateurs ou les points à
observer pour déclencher les actions correctives ;
Dans
le
domaine industriel ces mesures prennent le nom de plan
de surveillance qui décrit dans le détail ces
dispositions pour qu’elles soient enseignées, connues et
respectées.
|


|
Vérifier
que
les dispositions sont connues, appliquées et efficaces
|


|
|
|
Il
faut
:
1)
écrire
les
standards correspondant aux principes de la
maîtrise des processus afin
qu’ils
soient enseignés, connus et appliqués.
2)
auditer leur application
La
finalité
de l’audit n’est pas de piéger les personnes mais
d’ausculter l’organisation et de vérifier qu’elle
fonctionne comme elle devrait fonctionner. Un bon
rapport d’audit doit aller au-delà du constat que les
bonnes pratiques ne sont pas appliquées mais
diagnostiquer pourquoi elle ne le sont pas ? Les
personnels sont-ils formés, ont-ils les compétences
requises, le manager joue-t-il son rôle sur le terrain
ou bien est-il absorbé par du travail administratif ?
Les matériels sont-ils adaptés et en bon état ? etc.
Une
organisation
humaine,
quelle
qu’elle soit, a tendance à s’affaiblir dans le temps par
la force de l’habitude, de l’accoutumance aux petites
anomalies ou aux situations inconfortables. La
répétition de gestes qui semblent inutiles au quotidien
entraine la lassitude et l’abandon de ces gestes.
L’organisation se dégrade petit à petit sans que l’on
s’en aperçoive jusqu’au jour où un gros problème surgit
et qui peut engendre une catastrophe.
La
pression
économique constante tend à espacer des contrôles voire
à les supprimer sous prétexte « qu’en dix ans
il n’y jamais eu d’anomalie », à diminuer la
maintenance préventive « car pourquoi changer une
pièce alors qu’elle est encore bonne, attendons plutôt
qu’elle casse pour la changer ». Les conséquences
peuvent être catastrophiques et leur coût bien supérieur
aux économies immédiatement réalisées (par exemple dans
l’agroalimentaire, les chemins de fer).
|


|
Pourquoi
le
produit entrant n’est pas dans le processus ?
|


|
Ce
principe
qui peut paraître de second ordre, voire anecdotique,
est fondamental dans le système de management de Taiichi
Ohno. En voici l’explication.
Imaginons
la
structure
qui
pilote et fait fonctionner ce processus : un manager et
ses
collaborateurs.
Le
champs
d’action du responsable est dans le périmètre du
processus.
Il
n’a
aucune responsabilité ni aucune action sur le produit
entrant qui est réputé bon.
Il
est
responsable du produit sortant qui doit obligatoirement
être bon.
Son
rôle est d’organiser, de piloter et de diriger son
équipe pour réaliser la valeur ajoutée sur le produit.
Il
s’engage
à
fournir
chaque
jour
le
nombre
de
produits
demandés.
|
|
Supposons
que
nous
élargissions le périmètre du processus pour y mettre le
produit entrant qui, par conséquent, devient sous la
responsabilité du manager : on élargit son
champs
de
responsabilité.
|

|
Le
manager
doit
alors déléguer la responsabilité sur le produit entrant
à un ou
plusieurs
collaborateurs supplémentaires pour s’assurer que le
produit est conforme à ce qu’on en attend pour pouvoir
l’utiliser. C’est une quality-gate
comme on dit parfois.
Par
conséquent
son champs de responsabilité comprend une zone d’actions
qu’il maîtrise totalement et une zone d’action (en
rouge) dont ne maîtrise pas du tout
le résultat puisqu’il n’a
aucune
action sur le processus amont
qui lui livre le produit.
Rappelons
nous
que nous sommes dans un système en flux tendus
juste-à-temps. Donc si le processus doit fournir,
disons, 100 pièces c’est qu’il en reçoit 100.
Si
par
exemple 10% des produits entrants sont défectueux il ne
pourra pas assurer sa production et
ne livrera que 90 pièces. Il devra alors consommer
beaucoup
de temps à expliquer pourquoi il est en défaut, il devra
engager d’inutiles opérations administratives de
comptabilité interne sans valeur ajoutée, pour faire
supporter la charge du mauvais travail au processus
amont et enfin il faudra engager les coûts logistiques
pour renvoyer le produit défectueux au processus amont
qui devra faire des heures supplémentaires pour
rattraper les retards induits.
La
seule
façon de s’en sortir serait d’entretenir un stock tampon
pour pallier aux pièces défectueuses ce
qui est contraire aux principes fondamentaux de Taiichi
Ohno.
|
|
La
responsabilité
pleine et entière du processus fournisseur pour le zéro
défaut est fondamentale. Toyota a mis plus d’une quinzaine
d’années
à
former
et
convaincre
ses
fournisseurs
d’adopter
ce
principe. La vraie vie étant semée d’embûches et de
mauvais hasards, la règle est de mettre en place des quality-gates
en sortie du processus et de progressivement les
alléger, voire les supprimer en agissant sur le produit,
sur les procédés, les techniques, les technologies, les
gammes grâce au progrès continu, le kaizen, que l’on
pratique même quand tout va bien.
|

|